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Créativité Humaniste

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Carnet de Voyage : Amizmiz et Le Petit Prince

Carnet de Voyage : Amizmiz et Le Petit Prince

Amizmiz Lodge ou Voyage au pied de l’Atlas

D’après mon guide de montagne Latifa, Amizmiz voudrait dire en berbère « se faire attraper » .Toutes les personnes qui y viennent ne veulent plus repartir… je comprends bien leur dilemme…comment retourner à la ville après un séjour dans une telle beauté?

Arrivée à Maroc Lodge

11h45 : arrivée à la gare de Marrakech, je suis accueillie par la chaleur sèche de la ville en contraste avec celle humide de Rabat que je viens de quitter tôt le matin. Sur le chemin d’Amizmiz, à 50 Kms de Marrakech, Bruno Roquebert propriétaire de Maroc Amizmiz Lodge, me prépare à découvrir mon nouvel environnement et m’en conte les anecdotes dont il s’avère friand. La route est rectiligne, mais bientôt les montagnes sculptent l’horizon. Difficile d’imaginer un tel dépaysement seulement après quelques minutes de voyage.

Accueil et découverte des lieux

Nous arrivons au Lodge en moins de 40 minutes. Le paysage est d’une telle beauté que je ressens une paix profonde, un bien-être envahissant presque étourdissant. Le Lodge est situé sur le flanc d’une colline versant sur une magnifique vallée d’oliviers. On ne découvre pas tout, tout de suite ; c’est un véritable mystère, plus on avance plus le Lodge se révèle, comme par timidité ou plutôt par humilité et subtilité. Comme un bijou dans son écrin. Béatrice la soeur de Bruno et son mari David, les hôtes du Lodge, m’accueillent pour mon premier repas sur la terrasse de la table d’hôte, à l’ombre des oliviers. Il y a en ces lieux une harmonie parfaite entre les éléments, tout y a été conçu avec un respect particulier pour l’environnement. Aucun arbre n’a été sacrifié, les sept villas ont été toutes construites autour des oliviers, des figuiers et des noyers.

Temps de contemplation , vue sur la vallée

Plus tard, allongée à l’ombre sous les oliviers, bercée par le bruit de l’eau de la piscine qui cascade en mini fontaine, je suis envahie d’une somnolence bienvenue. Je me laisse happée par la vue plongeante de l’eau sur la vallée d’oliviers et je m’imagine atterrir au pied du village couleur terre, juste devant la montagne majestueuse avec sa forêt, pour à nouveau m’envoler vers le bleu infini du ciel…

De temps en temps, les hirondelles en percent l’écran pour venir dérober une gorgée d’eau en plein vol. Elles me rappellent que cette vision, cet écran géant, cette œuvre d’art, projetés rien que pour mon propre plaisir, tout ceci est bien réel !

Plus loin, les cigales et les oiseaux m’emplissent les oreilles de leur mélodie de l’été. J’ai tous les sens en éveil ! Boul boul , pervenche, martinet, merle … Je ne suis pas assez douée pour reconnaître leurs appels. Je voudrais arrêter le temps, ce moment est magique ; ceux qui ont créé cet endroit l’ont fait avec une générosité et une sensibilité particulière au bien–être de leur visiteurs !

Calme, luxe, beauté ... Baudelaire n'est pas loin

C’est un cadeau grandiose. Il y faut un esprit en quête de « calme, luxe et volupté ...» comme dirait Baudelaire… Poète qui comme Rodin, Courbet et d’autres artistes de l’époque étaient amis de l’arrière grand oncle de Béatrice et Bruno, Louis Jean Baptiste Dubois, peintre Belge impressionniste du 19ième siècle et l’un des fondateurs de la « société libre des Beaux-Arts ».

Je ne suis pas surprise de retrouver ce lien dans le regard et la conception de l’endroit. Il aurait pu être réalisé par un peintre ! L’architecte belge aussi, Claire Pateet, a contribué à garder au terroir son authenticité tout en y apportant tout le confort et l’esthétique nécessaires pour embellir et en honorer ce patrimoine naturel.

Le passé honoré

Il n’est pas surprenant que le docteur Roquebert, père des propriétaires d'aujourd’hui, ai voulu y construire sa résidence secondaire au milieu des année 40, époque où cela avait surpris même feu S.M. le Roi Mohammed V . Tant et si bien que le Souverain, dont le Docteur Roquebert était le médecin traitant, s’était même déplacé pour découvrir le mystère et le charme d’Amizmiz… Le passé et le présent sont habilement maniés de part les meubles styles appartenant depuis des générations à la famille Roquebert , la simplicité de l’architecture berbère et la créativité dans le jeu des frises, zelliges, bejmat. On sent le passage du temps et la sensibilité du regard témoin qui rend hommage.

Gouter et souvenirs de l'enfance

17h15 : Au moment où je me réveille de ma petite sieste à la piscine, comme par magie, un plateau de thé verveine fraîche du jardin et gâteaux me sont servis ! La verveine goût de mon enfance, me renvois à mille souvenirs parfumés. Un vrai délice. Je réalise que cet endroit se prête parfaitement à mes ateliers d’art et de croissance, la communion avec la nature, le confort, l’accueil, les montagnes, les oliviers, les sons, les couleurs, les odeurs. Un dernier plongeon me tente. La lumière baisse, seule ou presque, accompagnée de la lune montante et des hirondelles assoiffées, je parcours en nageant l’ovale de la piscine. J’ai la sensation de nager directement au-dessus de la vallée, c’est fascinant et exaltant à la fois.

Sur le chemin la présence du Petit Prince

Je regarde le ciel, le soleil commence à disparaître, j’ai hâte d’accueillir la nuit et ses étoiles. Sur le chemin mystérieux entre les pavillons, j’ai la sensation qu’au moindre détour, je vais rencontrer le Petit Prince de St Exupery. Sa rose est là, son renard apprivoisé doit se cacher dans la forêt…Je ne serais pas surprise d’entendre « s’il te plait dessines-moi un mouton ? » 18h00 : Retour au pavillon, douche, la nature me donne envie de l’honorer, de me faire belle aussi, juste pour elle, juste pour moi. 19h15 : Ballade dans les allées ; je me perds et retrouve mon chemin guidée par les chants lointains de l’ Ahidous d’un mariage rythmé aux tambourins. La lumière a changé, un rose terre et un vert jaune se posent maintenant sur les flancs de la montagne et le gazon. En observant tout cela, je me rends compte à quel point je suis ignorante de la nature… Mais il fait bon reconnaître mes limites et avec elles je retrouve comme un enfant pour la première fois un monde magique.

Une ambiance de contes et legendes

20h00 : Dîner, accompagnée des chants de grenouilles au fond de la seguia qui traverse toute la propriété. Le bleu nuit du ciel, éclairé par la lueur argentée de la lune nous couve et nous protège, complice, bienveillant. Au loin, le chemin parsemé des petites lanternes aux portes en voûtes et au dôme sculpté laisse échapper une lumière magique. Quarante lanternes comme les quarante voleurs, me replongent un instant dans une ambiance des milles et une nuits. Plus tard elles seront mes guides jusqu’au pavillon. Je lève la tête, l’étoile du berger est là…je saurais retrouver mon chemin ! Au menu ce soir, mousse d’aubergine, poulet chasseur et gratin dauphinois, sorbet de framboise et délicieuses petites figues vertes du jardin. Tous les produits sont du terroir.

22h00 : Une brise rafraîchissante me surprend, la chaleur de Marrakech est si loin ! Accompagnée par les lanternes magiques et sous la voûte céleste, je retrace les pas vers mon pavillon, prête à sombrer dans les bras de Morphée…

Dimanche 6 Août

6h00 : Réveil en forme !! En ville quand j’arrive à sortir du lit avant 8 heures c’est un vrai miracle… 8h00 : Petit déjeuner sur la terrasse, rayon de soleil, odeur de la lavande des buissons alentour, chants des oiseaux… Hum, c’est un rythme auquel je prendrai vite goût. Crêpes à l’orange, miel de citronnier, confitures de figues et de framboises maison, thé verveine. La lumière est exceptionnellement belle ce matin, propice à la marche que je vais faire avec Latifa mon guide de montagne.

Randonnée

9h30 : Départ ; sac à dos, bouteille d’eau, barre de chocolat, casquette, et nous voilà parties toutes les deux à la découverte de la montagne avoisinante, de ses villages berbères, de ses zaouïas, de sa forêt, de son belvédère nommé d’après le passage de feu S.M. Mohammed V. Les vues panoramiques sont époustouflantes, la descente escarpée vers le lit de la rivière presque asséchée en cette saison, les lauriers roses, la lumière sur les villages de terre adossés au flanc des montagnes, un vrai tableau de Majorelle !

Lorsque je vivais aux Etats-Unis, pour accéder à un tel dépaysement, il m’aurait fallu des heures et des heures d’avion ! Pendant les trois heures de marche, Latifa est un guide agréable, intelligente, touchante et courageuse dans sa force de femme berbère dans un métier d’homme. La montagne, elle l’a connaît depuis que toute petite elle suivait partout son frère aîné… Elle l’a découverte avec lui et plus tard s’y est formée professionnellement. Elle aime son village, ses habitants, ses coutumes… Elle en est fière et cela fait chaud au cœur !

Pendant toute la ballade, elle reste attentive à mon rythme, à mes besoins d’arrêt photos, à mes questions, et à mon bavardage incessant… Trois heures de marche… je ne sens plus mes jambes et je me sens intoxiquée par tant de beauté et d’oxygène… Je n’ai pas dû éliminer autant de toxines et brûler autant de calories depuis des années !

Retour et Sieste bienfaitrice

13h30 : Retour au Lodge, Béatrice m’accueille avec un repas léger, salade et tarte aux poireaux, je décline le dessert tellement je suis fatiguée, et file vite me coucher. 17h00 : Le temps est passé si vite ; je suis tombée dans un sommeil réparateur et profond et je me réveille en superbe forme pour le goûter ! Mes maux d’estomac qui ne m’ont pas quittés depuis un mois ont disparus ! C’est bien un endroit bioclimatique, comme me l’a décrit Bruno, qui pourrait tout a fait devenir une station témoin. Il m’a aussi précisé qu’à mille mètres d’altitude il n’y pas d’acariens et pas de risques pour les personnes souffrant de problèmes cardiaques. Sur la terrasse toute l’équipe est là et un couple de visiteurs finit sa journée au Lodge avant de retourner à la chaleur de Marrakech.

Une dernière nuit sous les étoiles

20h00 : Le temps se rafraîchit, les bougies sur les tables nous accueillent pour un dernier repas sous les étoiles. Au menu ce soir, mixed grill (cuisson parfaite) et gratin de blettes (un délice), tarte au citron légère et peu calorique… 22h00 : Je m’endors en savourant pour la dernière fois le son de l’eau qui coule en cascade dans la piscine. J’ai l’impression d’avoir passé une semaine. Je me suis enrichie d’oxygène, de beauté, de couleurs, de repos et de découvertes… Mes hôtes ont été d’une attention, d'une générosité et d'une hospitalité d’une qualité rare. Et je n’ai qu’une seule hâte, c’est de vite y retourner fin août pour mes ateliers avec mes pinceaux

Salima Raoui,Maroc Lodge à Amizmiz, Aout 2006

Article paru dans Golf Magazine, 2006

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