Le rêve a-t-il un futur?

Plusieurs semaines sont passées, les pensées se sont espacées et un petit temps de vacances bien méritées s'est aussi imposé.

Un voyage sur Rabat la ville de mon enfance me l'a fait revisiter avec la distance de celle qui n'y habitant plus, n'y travaillant pas, peut se perdre librement dans les souvenirs et le plaisir simple de nouvelles découvertes Chez mon amie d'adolescence Karima, je retrouve aussi nos souvenirs complices de moments d'insouciance qui nous ont tant nourries et dont nous pouvons nous rappeler à loisir sans jamais nous lasser..

Une partie de notre indentité profonde, cette partie de nous qui sait ce que nous somme intrinsèquement sans doutes ni projections possibles... Ceci étant le privilège du temps, des épreuves, des tests, la vie tout simplement qui nous dévoile, nous révèle encore et encore dans nos valeurs communes, nos différences et nos complémentarités. Des visites aussi à mon autre amie d'enfance et adolescence Sophia, me reconnecte aux odeurs, aux moments de joie et bonheur partagés, des moments où nos dons et talents étaient encore encouragés et révélaient les adultes que nous sommes devenues.

Elle, la comédienne et actrice qu'elle rêvait être et moi l'artiste/psychologue/philosophe/poète dont je me sentais être porteuse de graines... Comment décrire le bonheur de nous retrouver encore et encore miroir l'une de l'autre? Nous confirmant continuellement nos passions, n'ayant jamais abandonné la vision qui nous habitait même au prix des sacrifices quotidiens dans un Maroc pas toujours tout à fait prêt pour nous soutenir, nous encourager... C'est aujourd'hui une grande victoire d'avoir tenu la route...la victoire de notre vision intérieure, des signes et des messages reçus au fil des ans, de la foi en ce que nous pressentions être notre vocation, notre idéal. Petites lorsque nous inventions des pieces de théatre improvisées, nous jouions pour apprendre à devenir ce que nous sommes aujourd'hui.Comme d'autres aujourd'hui jouent pour désapprendre ce qu'ils sont devenus et peut-etre se rappeler ce qu'ils souhaitaient être...

Le résultat n'étant pas le succès matériel, ni même la reconnaissance sociale, mais la satisfaction d'être resté intègre à soi dans ses rêves d'enfant encore non teintés du besoin de validité des adultes, non corrompus par ce que le monde, lui, souhaitait que nous devenions. Le prix à payer est lourd, oui, la société pénalise les marginaux, les rebelles, les esprits libres...mais en observant le mal-être général dû à la crise actuelle avec ses dommages colatéraux ( guerres et révolutions), il me semble que le prix devient le même pour tous.

La crise, la guerre, les mouvements sociaux nous rendent plus ou moins tous égaux, car de près ou de loin, nous subissons énergétiquement, psychologiquement et matériellement la souffrance du monde...la crise, ce monstre sans forme ni coeur, sans compassion ni délicatesse, la crise est le poids qui dans la balance de l'équilibre de l'univers , finalement remet le monde à niveau... Alors pourquoi attendre, pourquoi ne pas revenir à ce qui nous inspirait à la base, nos rêves d'enfants?

Ces rêves sont les germes du monde à venir, qui ne peuvent éclore en nous tant que nous les étouffons. Et si la crise, la guerre, ces mouvements de rebellions et de rejets n'étaient pas tout simplement un message de l'univers, qui tente de ré-équilibrer ce qui ne l'est plus...Refuser les abus à tous les niveaux, mais d'abord et en premier celui que nous nous sommes nous mêmes imposés, celui de notre innocence. Lorsque j'imagine un monde où chacun trouve sa voie, exprime ses dons, partage ses connaissances librement sans peurs ni rétention, souhaite le meilleur pour son voisin, respecte son corps, son esprit et son coeur, ce monde ne peut pas porter le germe de la perversion ni celui de la violence.. Car il n'y a pas plus grande perversion ni violence que celle qui détourne l'être de sa bienveillance , interdit au coeur de s'exprimer et à l'âme de se vivre pleinement...

Nous avons contribué depuis des générations à créer un monde à l'envers de ce que nous désirons au coeur de nos coeurs. Et pour moi cela aura été au prix du sacrifice du rêve de chaque individu né sur cette terre. Ce rêve, ces passions, ces révélations, qui viennent de notre vision profonde, intuition, foi, intégrité à notre voix intérieure, sont la raison principale de notre incarnation sur terre...et certainement pas une autre excuse pour servir nos besoins matériels ou narcissiques. Rien ne peut être plus satisfaisant que se voir en tant que maillon de la chaine humaine apporter au monde une partie du puzzle infini de la vie.

Retrouver mes amies d'enfance, c'est aussi me rappeler ces idéaux, ces rêves, ces pactes que je tente d'honorer avec le Divin à travers mon action et ma foi Hier mon amie et artiste peintre Saloua, m'a invitée pour une promenade dans le passé dans les murs de la médina et là un ancien palais appartenant à sa famille m'a touchée dans ce qu'il portait comme histoire, comme héritage...il fut le rêve, la vision et la création de personnes qui ne sont plus là pour en témoigner et devient pour le plaisir de tous, un morceau de notre histoire collective qui ,si entretenu, transmettra encore et encore le passé au futur.

Dans ce palais par terre une plume de mon oiseau totem, la chouette, m'attendait encore une fois pour me rappeler mes dons, ce que je suis venue incarner Partager ensuite avec Saloua, ma vision sur le monde, sur l'art , sur le mystère de la vie, m'a profondément nourrie...de derrière l'écran de mon iPad, je me suis soutirée le temps de retrouvailles avec mon amie, artiste peintre, complice creatrice, hier mon guide sur le chemin de la mémoire...

Ce que je recommande vivement, prendre le temps de passer une journée de qualité avec un ou une amie, se rappeler l'essentiel de notre être, nos rêves,nos idéaux, échanger nos expériences en toute authenticité...pour reconnecter à la relation humaine, à la relation à soi... Parce que sans cela le monde est doucement en train de devenir le fantôme de lui même...J'ai eu la chance de grandir dans un monde sans portable, pcs, iPad, ipods, Facebook...Non pas que je dénigre les multiples avantages que la modernité nous a apporté, mais j'appelle à la qualité de la relation telle que je l'ai connue.

Mes amis , ceux que je rencontre, avec qui je partage de vrais moments et avec qui la relation perdure, sont ceux que je vois régulièrement . Pourquoi se priver de ces moments simples d'échange? Va t-on se laisser enfermer dans la convénience des relations virtuelles qui se jouent de nos illusions... Va t-on laisser les générations futures devenir des générations cachées derrière leur écran...ne sachant plus comment se vivre relationnellement dans la vraie vie? Va t-on laisser cette perte de rêves, d'energie se noyer dans le vortex, abime infini du monde d'images et de clics, de like et de dislike?

Avons-nous perdu le pouvoir sur notre monde et est-il reellement trop tard? Si le rêve est le pont d'aujourd'hui vers demain, comment pouvons-nous contribuer à le nourrir et l'"impulser" chez nous et chez les générations futures? Ce voyage dans la ville de mon enfance me rappelle les rêves de mes parents, les miens et potentiellement tous ceux des générations futures...Et aujourd'hui je ne peux m'empêcher de tirer le signal d'alarme pour ces jeunes avec ma question du jour "Et si le rêve n'avait plus de futur? Alors que nous resterait-il?" Je nous souhaite de vivre les notres afin que les générations futures puissent aussi croire en les leurs...

Salima Raoui, Casablanca le 27 Aout 2013

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